How to Become Parisian in One Hour

Un spectacle d'Olivier Giraud

 

Il y a deux ans environ, mon amie Antoinette Azzurro de Paris Personalized s’est mise à parler d’un spectacle qu’elle portait aux nues—selon elle un des plus drôles qu’elle a jamais vus—qui s’appelait How to Become a Parisian in One Hour (Comment devenir parisien en une heure). Nous avons alors échafaudé des plans avec des amis pour y aller en groupe, puis pour diverses raison tout est tombé à l’eau et cela ne s’est pas fait.

Mais je n’avais pas oublié son enthousiasme et la semaine dernière, profitant du fait que le spectacle a changé de théâtre et qu’il est désormais possible d’acheter les billets sur internet, avec quelques amis nous y sommes allés. J’avais l’impression d’être la dernière personne à Paris qui ne l’avait pas vu.

Pour l’été 2012 M. Giraud et son one-man-show sont hébergés au Théâtre des Nouveautés sur le boulevard Poissonnière, tout près du Hard Rock Café. Et si entre les deux votre cœur balance, ce n’est peut-être pas la peine de lire plus avant : je doute fort que vous soyez prêt pour l’humour décapant de M. Giraud. Si vous vous décidez à aller voir le spectacle, en toute charité je me dois de vous faire part d’une réserve (et ce sera la seule) : de toute évidence les sièges du Théâtre des Nouveautés ont été conçus par la même personne au génie sadique de laquelle l’humanité doit l’instrument de torture pseudo-médiéval appelé vierge de fer. Si vous souhaitez pouvoir vous lever et sortir du théâtre sur vos propres jambes, veillez à vous asseoir précautionneusement. J’ai cependant une bonne nouvelle : pendant la durée du spectacle, vous rirez de si bon cœur que vous ne ressentirez pas le désagrément de l’assise, sur le moment tout du moins.

Le spectacle d’Olivier Giraud est une formidable satire à la fois des Français et des Américains, chargeant les caricatures jusqu’au ridicule le plus achevé. Quelques autres nationalités en prennent aussi pour leur grade. Le spectacle fonctionne parce que M. Giraud n’a peur de rien et de toute évidence il n’a l’intention d’épargner personne, quelle que soit la composition par nationalités de son public. Le spectacle est drôle ; il est presque cruel ; il n’a pas été éviscéré par l’auto-censure.

Il débute avec une Marseillaise (oui, l’hymne national français) reprise en chœur avec l’assistance. Rassurez-vous, vous n’êtes pas obligé de vous lever parce que les Français expriment autrement leur patriotisme. (Et surtout, quoi que vous fassiez, ne vous tenez pas avec la main sur le cœur comme cela se ferait aux États-Unis pour The Star-Spangled Banner. Je sais que c’est par pure politesse, mais les Français ne comprennent pas. C’est une des questions que l’on me pose le plus fréquemment : pourquoi les Américains chantent-ils leur hymne national avec leur main dans cette position étrange, comme s’ils cherchaient à jouer avec les perles d’un collier inexistant ou signaler les débuts d’une crise cardiaque ? J’ai renoncé à expliquer : les Français ne comprennent pas.)

L’expression réelle du patriotisme français vient peu après, avec le camembert.

Pendant son spectacle, M. Giraud incarne les différences de comportement entre les Français et les Américains dans sept contextes : 1) dans un magasin ; 2) au restaurant ; 3) dans un taxi ; 4) dans le métro ; 5) en boîte de nuit ; 6) en simulant un orgasme ; 7) à la recherche d’un appartement. Ces différents cas de figure lui fournissent toute latitude pour provoquer et amuser tout un chacun, cependant qu’il compose ses charges avec des traits si outrés qu’elles ne sauraient sérieusement offenser personne. Néanmoins il reste à ses créations suffisamment de points communs avec des personnes que l’on a pu connaître ou croiser : l’Américaine hyper-émotive qui ne sait pas distinguer une démarche sensuelle d’avec une pole dance de strip-teaseuse ; le Parisien odieux dont l’impolitesse ordinaire fait frémir, et dont le signe distinctif est une sempiternelle moue de dégoût. Oui, c’est vrai que l’un et l’autre existent. (Erratum : j’ai écrit plus haut  que ce spectacle ne saurait sérieusement offenser personne ; c’était un petit mensonge puisque j’ai rencontré un couple qui ont été scandalisés par le contenu sexuel du spectacle. Bon…. Mais enfin, ils s’attendaient à quoi ? Nous sommes à PARIS ! Bien sûr qu’il est question de sexe!)

Au-delà de son humour hardi et de son sens aigu de l’observation, les deux atouts les plus frappants dont dispose M. Giraud sont 1°) son visage extraordinairement mobile et 2°) l’attention qu’il porte à son public : il écoute et enregistre réellement ce que lui lancent les spectateurs pour pouvoir rebondir sur des détails, sans parler du fait qu’il en fait monter sur scène pour des exercices de parisianisme appliqué. Qu’il garde encore toute cette fraîcheur et cette disponibilité après trois années de ce spectacle,  c’en est presque troublant et explique son succès bien mérité tant auprès des Français qu’auprès des touristes. Le soir où j’y suis allé, je pense qu’au moins 40% des spectateurs (à la louche) étaient parisiens, bien que le spectacle soit entièrement en anglais. (Disons plutôt, surtout en anglais : il y a aussi un certain nombre de truculences parisiennes bien senties). La facilité qu’a M. Giraud est d’autant remarquable que, selon sa biographie tout du moins, il n’est ni comédien, ni comique de formation, mais cuisinier et sommelier. C’est en ces qualités qu’il a travaillé pendant plusieurs années aux États-Unis et qu’il a pu observer sur place, et la clientèle américaine, et cette engeance de Français pète-sec et bougon qu’elle attend. Son spectacle est un pur délice.