Vie parisienne

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vendredi 10 août 2012

How to Become Parisian in One Hour - spectacle d'Olivier Giraud

How to Become Parisian in One Hour

Un spectacle d'Olivier Giraud

 

Il y a deux ans environ, mon amie Antoinette Azzurro de Paris Personalized s’est mise à parler d’un spectacle qu’elle portait aux nues—selon elle un des plus drôles qu’elle a jamais vus—qui s’appelait How to Become a Parisian in One Hour (Comment devenir parisien en une heure). Nous avons alors échafaudé des plans avec des amis pour y aller en groupe, puis pour diverses raison tout est tombé à l’eau et cela ne s’est pas fait.

Mais je n’avais pas oublié son enthousiasme et la semaine dernière, profitant du fait que le spectacle a changé de théâtre et qu’il est désormais possible d’acheter les billets sur internet, avec quelques amis nous y sommes allés. J’avais l’impression d’être la dernière personne à Paris qui ne l’avait pas vu.

Pour l’été 2012 M. Giraud et son one-man-show sont hébergés au Théâtre des Nouveautés sur le boulevard Poissonnière, tout près du Hard Rock Café. Et si entre les deux votre cœur balance, ce n’est peut-être pas la peine de lire plus avant : je doute fort que vous soyez prêt pour l’humour décapant de M. Giraud. Si vous vous décidez à aller voir le spectacle, en toute charité je me dois de vous faire part d’une réserve (et ce sera la seule) : de toute évidence les sièges du Théâtre des Nouveautés ont été conçus par la même personne au génie sadique de laquelle l’humanité doit l’instrument de torture pseudo-médiéval appelé vierge de fer. Si vous souhaitez pouvoir vous lever et sortir du théâtre sur vos propres jambes, veillez à vous asseoir précautionneusement. J’ai cependant une bonne nouvelle : pendant la durée du spectacle, vous rirez de si bon cœur que vous ne ressentirez pas le désagrément de l’assise, sur le moment tout du moins.

Le spectacle d’Olivier Giraud est une formidable satire à la fois des Français et des Américains, chargeant les caricatures jusqu’au ridicule le plus achevé. Quelques autres nationalités en prennent aussi pour leur grade. Le spectacle fonctionne parce que M. Giraud n’a peur de rien et de toute évidence il n’a l’intention d’épargner personne, quelle que soit la composition par nationalités de son public. Le spectacle est drôle ; il est presque cruel ; il n’a pas été éviscéré par l’auto-censure.

Il débute avec une Marseillaise (oui, l’hymne national français) reprise en chœur avec l’assistance. Rassurez-vous, vous n’êtes pas obligé de vous lever parce que les Français expriment autrement leur patriotisme. (Et surtout, quoi que vous fassiez, ne vous tenez pas avec la main sur le cœur comme cela se ferait aux États-Unis pour The Star-Spangled Banner. Je sais que c’est par pure politesse, mais les Français ne comprennent pas. C’est une des questions que l’on me pose le plus fréquemment : pourquoi les Américains chantent-ils leur hymne national avec leur main dans cette position étrange, comme s’ils cherchaient à jouer avec les perles d’un collier inexistant ou signaler les débuts d’une crise cardiaque ? J’ai renoncé à expliquer : les Français ne comprennent pas.)

L’expression réelle du patriotisme français vient peu après, avec le camembert.

Pendant son spectacle, M. Giraud incarne les différences de comportement entre les Français et les Américains dans sept contextes : 1) dans un magasin ; 2) au restaurant ; 3) dans un taxi ; 4) dans le métro ; 5) en boîte de nuit ; 6) en simulant un orgasme ; 7) à la recherche d’un appartement. Ces différents cas de figure lui fournissent toute latitude pour provoquer et amuser tout un chacun, cependant qu’il compose ses charges avec des traits si outrés qu’elles ne sauraient sérieusement offenser personne. Néanmoins il reste à ses créations suffisamment de points communs avec des personnes que l’on a pu connaître ou croiser : l’Américaine hyper-émotive qui ne sait pas distinguer une démarche sensuelle d’avec une pole dance de strip-teaseuse ; le Parisien odieux dont l’impolitesse ordinaire fait frémir, et dont le signe distinctif est une sempiternelle moue de dégoût. Oui, c’est vrai que l’un et l’autre existent. (Erratum : j’ai écrit plus haut  que ce spectacle ne saurait sérieusement offenser personne ; c’était un petit mensonge puisque j’ai rencontré un couple qui ont été scandalisés par le contenu sexuel du spectacle. Bon…. Mais enfin, ils s’attendaient à quoi ? Nous sommes à PARIS ! Bien sûr qu’il est question de sexe!)

Au-delà de son humour hardi et de son sens aigu de l’observation, les deux atouts les plus frappants dont dispose M. Giraud sont 1°) son visage extraordinairement mobile et 2°) l’attention qu’il porte à son public : il écoute et enregistre réellement ce que lui lancent les spectateurs pour pouvoir rebondir sur des détails, sans parler du fait qu’il en fait monter sur scène pour des exercices de parisianisme appliqué. Qu’il garde encore toute cette fraîcheur et cette disponibilité après trois années de ce spectacle,  c’en est presque troublant et explique son succès bien mérité tant auprès des Français qu’auprès des touristes. Le soir où j’y suis allé, je pense qu’au moins 40% des spectateurs (à la louche) étaient parisiens, bien que le spectacle soit entièrement en anglais. (Disons plutôt, surtout en anglais : il y a aussi un certain nombre de truculences parisiennes bien senties). La facilité qu’a M. Giraud est d’autant remarquable que, selon sa biographie tout du moins, il n’est ni comédien, ni comique de formation, mais cuisinier et sommelier. C’est en ces qualités qu’il a travaillé pendant plusieurs années aux États-Unis et qu’il a pu observer sur place, et la clientèle américaine, et cette engeance de Français pète-sec et bougon qu’elle attend. Son spectacle est un pur délice.

jeudi 9 décembre 2010

Fêtes de fin d'année à Paris avec des enfants

Pour toutes sortes de raisons, beaucoup de gens semblent penser que Paris n'est pas une ville adaptée aux enfants : trop de musées et de monuments, trop de nourritures étranges servies à des heures inhabituelles, un manque de cartes pour enfants dans les restaurants, etc. Je repense souvent à l'anecdote racontée par Adam Gopnik dans son livre Paris to the Moon : un pédiatre lui recommande de donner du fromage de Roquefort à manger à son jeune fils. Quand l'auteur lui demande pourquoi, le médecin répond :
"Pour qu'il y prenne goût!".
Les voyages devraient être l'occasion d'élargir les horizons, de pousser un peu ses limites, surtout pour les enfants. Après tout, c'est quand on est jeune, que les dents sont encore solides et bien accrochées qu'il faut goûter pour la première fois aux Négus! (Le Négus est une magnifique confiserie fabriquée à Nevers qui allie un caramel dur et un caramel mou.)

Outre ce type de plaisirs, la ville est bien équipée en  terrains de jeux qui permettent aux jeunes enfants de se défouler et libérer leur trop-plein d'énergie ; près du Victoria Palace, par exemple, il y en a un très grand dans le Jardin du Luxembourg. Et parfois les parents ont le tort de sous-estimer leurs enfants : il y a des enfants qui aiment vraiment les musées ; je me souviens que c'était mon cas. A l'exception du département des antiquités égyptiennes du Louvre parce que je m'y suis retrouvé séparé de mes parents et il m'a fallu des heures (ou du moins c'est ce qu'il me semblait) pour les retrouver, errant parmi les vases canopes, les momies et autres objets effrayants. A ce jour, je déteste toujours l'art égyptien.

Le site internet anglophone Ciao Bambino qui est consacré aux voyages en famille avec enfants vient de publier un billet sur son blog avec des suggestions pour les occuper et les émerveiller à Paris pendant les fêtes de fin d'année ; toutes ne sont pas forcément celles que j'aurais choisies mais de toute évidence il y a de quoi faire et beaucoup d'options!

http://www.ciaobambino.com/ciaobambinoblog/index.php/2010/12/christmas-in-paris-with-kids/

lundi 29 novembre 2010

L'Apo-quelquechose du VIe arrondissment : Hermès

C'est une consécration, il n'y a pas de doute. Est-elle bienvenue? Cela est un autre débat.
À quelques jours d’intervalle, deux jalons importants viennent de se poser dans l’évolution de tout un quartier :
   1.   L’ouverture, le 19 novembre du nouveau magasin Hermès au 17 rue de Sèvres
   2.  L’annonce officielle que le prix moyen du mètre carré résidentiel dans le 6e arrondissement a bel et bien franchi la barre des 10.000 € (Vendredi 26 novembre 2010)

L’arrivée de Hermès

Ceux d’entre vous qui ont lu le livre de Dana Thomas Luxe and Co : Comment les marques ont tué le luxe, savent déjà que dans son passage au crible du marketing et du monde des griffes dites « de luxe », la seule maison qui trouve grâce aux yeux de l’auteur est Hermès dont elle souligne l’excellence du savoir-faire et de la qualité des matériaux. (Si vous n’avez pas lu ce livre et si vous vous intéressez à la mode ou à la notion de luxe, je vous engage à vous jeter dessus le plus rapidement possible. C’est effrayant et fascinant à la fois.)

Il y avait pour moi quelque chose de cocasse à pénétrer dans ce nouveau magasin de l’hyper-luxe, qui héberge aussi le fleuriste Baptiste : la dernière fois que j’avais passé ces portes, c’était pour subir les épreuves de natation du B.E.P.C. En effet, le magasin-phare de Hermès sur la rive gauche occupe les locaux de l’ancienne piscine Lutétia où avaient lieu nos cours de natation lorsque j’étais élève au collège de la rue Cler. (Il n’y a aucun lien avec l’Hôtel Lutétia, autre que le nom et la proximité géographique.) Puisque le bâtiment est classé, le magasin a dû s’accommoder d’un énorme espace un peu glacial—malgré les ferroneries art déco des coursives—et que le classement imposait de garder intact dans sa structure. L’architecte Denis Montel a eu la très-heureuse idée de créer des cônes inversés en résilles géantes de bois clair, sorte de hauts-fourneaux virtuels, ou peut-être des pièges à homard intergalactique. Ces structures aux tons chauds viennent compartimenter cet espace un peu stérile, sans pour autant nuire à la lisibilité d’ensemble. Le bassin même de la piscine été recouvert d’une dalle de mosaïque, créant ainsi un grand parterre pour l’implantation du magasin (1.500m², que diantre !). Seul bémol : les galeries qui entourent l’ancienne piscine sur deux étages ont perdu toute fonction et attendent encore une idée de génie pour les intégrer dans un propos décoratif.

L’évolution d’un quartier

L’arrivée de Hermès me paraît l’aboutissement d’un processus dont je place symboliquement le début à l’arrivée de la maison Dior, qui en 1997 avait pris la place de la librairie Le Divan à l’angle des rues Bonaparte et de l’Abbaye. Bien sûr, Cartier avait déjà remplacé le disquaire Raoul Vidal ; Armani avait investi l’emplacement du Drugstore… Mais voir une librairie aussi vénérable et chargée de caractère que l’était Le Divan se transformer en la énième boutique Dior avait un je-ne-sais-quoi de troublant, de choquant : le sentiment d’un monde qui passe, d’un lieu qui s’oublie, d’un univers dont les priorités seraient à revoir... (J’avais eu la même sensation lors de la fermeture de la librairie Scribner’s sur la Cinquième Avenue à New York : le sentiment de l’irréparable. Aujourd’hui l’espace est occupé par une boutique Sephora.)

Dans le cas du magasin Hermès—peut être parce que je suis un piètre nageur—j’avoue n’avoir aucun regret. Il est curieux que cette maison ait tant attendu pour venir voir sur la rive gauche comment ça se passe : bien qu’il s’agisse officiellement de leur 235e magasin dans le monde, ce n’est que le troisième magasin Hermès à Paris, en comptant la boutique Motsch de l’avenue George V. Je ne compte pas la boutique « éphémère » de la rue de Grenelle, qui en réalité était à peu près achalandée comme un Hermès de boutiquaire d’aéroport de province : autant dire ne proposant rien hormis les carrés de soie, quelques portefeuilles et les ceintures à boucle « H ». (Mais qui aurait pu croire qu’il y eût autant d’Hippolyte, d’Hélie ou d’Hercule en ce monde pour porter toutes ces ceintures « H » ???)

Le mètre carré le plus cher de Paris

Cela fait déjà longtemps que le 6e arrondissement avait le mètre carré résidentiel le plus cher de Paris et l’on s’étonne que les géants du marketing « de luxe » aient mis autant de temps à s’en rendre compte. Peut-être est-ce parce qu’ils croyaient y détecter encore des traces d’un parfum interlope flottant sur le quartier ? Il est vrai que longtemps le 6e s’est voulu un quartier d’artistes et d’intellectuels par opposition aux quartiers plus bourgeois des 8e et 16e arrondissements. Cependant, il faut quand même se souvenir qu’à l’époque où il y avait trois Drugstore à Paris (endroits précurseurs de ce qui sera le « bling » des années 2000) : il y en avait déjà un sur la place Saint-Germain-des-Prés (les deux autres étaient chacun à un bout des Champs-Élysées). En 1965 c’était déjà une forme de reconnaissance du pouvoir d’achat de la rive gauche. Sauf que dans les années soixante-dix le Drugstore germanopratin avait acquis une réputation un peu sulfureuse : on disait qu’il était un lieu de rencontre entre les gigolos et leurs clients. Toujours est-il que l’embourgeoisement du 6e arrondissement est aujourd’hui devenu incontestable : non seulement le mètre carré résidentiel y est-il le plus cher de Paris, mais le boulevard Saint-Germain offre aux commerces le mètre carré le plus rentable de Paris, selon les dires du gérant d'une boutique située tout près de la place Saint-Germain –des-Prés. Ceci explique sans doute la présence de grandes marques de plus en plus nombreuses pour profiter de ce boulevard qui se transforme petit à petit en centre commercial de plein-air. Hermès a tout de même eu le bon goût de marquer sa singularité en s’installant rue de Sèvres plutôt que sur le boulevard Saint-Germain lui-même. Ce choix a peut-être été motivé par les difficultés à trouver un local suffisamment grand pour faire son magasin, mais il lui confère une distinction et un particularisme qui lui font honneur.

Apothéose ou apocoloquintose ?

Reste la question de fond : le quartier a-t-il perdu son âme ? Heureusement, il reste les petites rues qui se peuplent encore de boutiques indépendantes, de créateurs, de multi-marques avec leur personnalité. Pour l’instant du moins, nous profitons du meilleur de deux mondes : de la notoriété et qu’amènent ces grandes marques qui cohabitent avec d’autres enseignes plus originales, de talents confirmés ou à découvrir. À cet égard, on ne peut pas manquer de noter que juste en face du nouveau Hermès se trouve une des institutions du 6e arrondissement : le tailleur Arnys. Temple du sur-mesure un rien dandyfié, à la distribution quasi-confidentielle, la maison est là depuis 1933 ; en somme, elle était là avant la piscine Lutétia et elle lui a survécu. Tout un programme.

Donc à ma question « apothéose ou apocoloquintose » je réponds : un peu des deux, et avant tout un quartier où il fait encore bon vivre, particulièrement dans sa partie sud, le 6e arrondissement dit « familial » avec ses commerces de bouche, ses marchés. Sa vie si parisienne, en somme.